L’art rupestre de l’ancien Pérou

Le Pérou est un pays riche en art rupestre. L’inventaire le plus récemment publié (Hostnig 2003) contient la description de près de 500 sites contenant des peintures de l’époque précolombienne et d’un nombre équivalent de gisements de pierres gravées. Plusieurs centaines de nouveaux sites ont été décrits depuis. Il convient d’y ajouter une cinquantaine de sites de géoglyphes (dont les plus ceux fameux sont ceux de la Pampa de San José de Nazca) et une quarantaine de dépôts d’art mobilier (plaquettes ou galets en pierre et tablettes en céramique, peintes ou gravées).

figure 1aFélin anthropomophe, Checta (dep. de Lima)

Ces manifestations ont toutefois souffert durant de longues années d’un certain dédain, qui a fortement limité leur étude et menacé leur préservation. A l’exception de quelques travaux pionniers (Pulgar Vidal 1976, Ravines 1986, Guffroy 1980-81, Nuñez Jiménez 1986), ce n’est que tout récemment qu’un nombre important de jeunes chercheurs se sont intéressés à ce thème. De nombreux phénomènes : mise en valeur touristique inadaptée, s’accompagnant parfois de vandalisme, destruction lors des travaux d’aménagement, exploitation minière, ont contribué à accentuer considérablement ces dernières années la destruction de ces représentations rupestres, par ailleurs souvent affectées par l’érosion. Une politique de conservation et d’éducation spécifique, absolument nécessaire à leur préservation, fait cruellement défaut.

Nous avons présenté dans un premier ouvrage de synthèse (Guffroy 1999), une tentative de classification stylistique et chronologique des figures peintes et gravées. Les découvertes récentes permettent de compléter et de préciser les aires de répartition, chronologies et finalités des principales traditions andines. L’art rupestre peint couvre un important laps de temps, les plus anciennes manifestations datant probablement de l’Holocène moyen et les plus récentes de l’époque coloniale. Il est toutefois possible de déterminer l’existence de différentes traditions présentant des aires de répartition, des chronologies et des styles singuliers.

figure 1bCarte de distribution des différentes traditions de peintures rupestres et principaux sites

La plus ancienne tradition actuellement répertoriée, attribuée à l’Holocène moyen (5000-2500 avant notre ère), est présente uniquement dans les départements les plus méridionaux du pays (Arequipa, Tacna, Cusco, Puno). Elle est caractérisée par la représentation de scènes de chasse aux camélidés, généralement peintes en rouge (plus rarement en blanc) à l’intérieur ou sur le porche d’abris et de grottes peu profondes. Les animaux figurés correspondent majoritairement à des vigognes et guanacos sauvages, de petites dimensions, entourés de silhouettes humaines vues de profil tenant à la main des instruments de chasse (arcs ou sagaies). Les animaux sont fréquemment représentés en position de mobilité, mais aussi parfois blessés ou morts. Les têtes des figures anthropomorphes sont singulières et semblent souvent pourvues d’un bec ou museau, interprétés par certains auteurs comme la représentation d’un masque. La majorité des gisements de cette tradition sont situés à haute altitude supérieure à 3500 s.n.m.

figure 2Figure : 2 – Scène de chasse, Toquepala (dep.d’Arequipa)

Le gisement le plus représentatif de ce style est le site de Toquepala, dans le département de Tacna (Fig. 2), où les scènes les plus anciennes sont peintes de couleur rouge foncé. D’autres figures, peintes en rouge clair, blanc, noir et vert foncé, ont été postérieurement rajoutées. La fouille des sols de la grotte et de l’abri proche a permis la découverte d’un important outillage lithique, de plaquettes en pierre portant des figures de camélidés et des signes, ainsi que de restes de coquillages d’origine marine. Plusieurs datations radiocarbones ont été obtenues. Bien que souvent citées en référence, les plus anciennes (VIIIe millénaire av.n.e) proviennent des niveaux inférieurs quasiment stériles, et il semble peu probable qu’elles datent l’exécution des peintures. Un ensemble de trois datations plus récentes (Ve et IVe millénaire av.n.e), provenant des principaux niveaux d’occupation, semblent plus probablement associées à leur réalisation.

La remarquable ressemblance des scènes peintes à Toquepala avec les manifestations rupestres découvertes sur le site de río de las Pinturas en Patagonie, fondée tant sur l’organisation scénique que sur le style des figures, indique probablement l’existence de contacts et des relations culturelles entre les différents secteurs de l’aire sud andine à cette époque.figure 3Figure : 3 – Troupeau de Camélidés, Macusani (dep. de Puno)

Des manifestations rupestres comparables ont été découvertes dans d’autres régions de l’extrême sud péruvien. A Macusani (dep. de Puno) (Fig.3), où il existe près d’une centaine d’abris rocheux contenant plusieurs milliers de peintures de styles et d’époques différentes, les figures les plus anciennes sont peintes en rouge ou plus rarement en blanc. Elles représentent également majoritairement des scènes de chasse, dans lesquelles sont fréquemment figurés des filets ou des enclos permettant de retenir le gibier (camélidés ou cervidés). Les camélidés sauvages sont dessinés dans un style moins naturaliste et plus rigide que celui de Toquepala, fréquemment regroupés en troupeau. Il existe également des scènes de conflits armés, probablement plus récentes. Un troisième ensemble, présent dans les régions de Sumbay et Huancas (dep. d’Arequipa) est caractérisé par un usage plus fréquent de la peinture blanche, une plus grande diversité de la représentation animale (nandous, pumas…) et la présence de raies ou de points à l’intérieur du corps des camélidés. Les références au thème de la chasse y sont beaucoup plus discrètes. Ces variations stylistiques peuvent témoigner de singularités locales, mais aussi très probablement d’évolutions chronologiques, encore difficiles à déterminer avec précision.

A – L’ art naturaliste dans le Pérou central

Une seconde tradition, probablement un peu plus récente, quoique également datée de l’Holocène moyen (4000-1500 av.n.e.), est présente dans les départements de Lima, Junin et Huancavelica. Cette tradition est caractérisée par la représentation de camélidés de grandes dimensions (parfois plus de 2 m de longueur) généralement peints de couleur rouge, présentant un ventre exagérément enflé Les figures humaines sont rares et de plus petites dimensions. Aucune scène de chasse n’est clairement représentée. figure 4Figure : 4 – Camélidés de Cuchimachay (dep.de Lima)

Sur certaines peintures telles celles de Cuchimachay, un fœtus est parfois figuré à l’intérieur du corps (Fig. 4), plus fréquemment celui-ci est rempli de lignes parallèles ou de points, dans un style proche de celui de Sumbay.

Cette tradition est généralement associée à la célébration de la fertilité animale et aux débuts de la domestication des camélidés.figure 5Figure : 5 – Être surnaturel de style formatif peint à Poro-Poro (dep. de Cajamarca)

B – Les styles semi naturalistes et schématiques

De nouveaux styles de représentation et des thématiques singulières apparaissent avec les sociétés agro-céramistes de la fin de la période précolombienne (2000 av. n.e.- 1532 de notre ère). Les figures animales et humaines, peints de couleurs diverses, sont figurées de manière stylisée, parfois par de simples traits. Au côté des camélidés apparaissent des représentations d’autres animaux : cervidés oiseaux, serpents ; ainsi que de nombreuses figures géométriques : cercles, damiers spirales, croix … Les êtres humains sont généralement représentés de face et portent fréquemment un couvre-chef, parfois des vêtements. Les figures peintes sont généralement juxtaposées, parfois superposées, sur de grands panneaux et parois rocheuses. Elles sont dans l’ensemble assez semblables aux figures gravées à la même époque sur d’autres sites. figure 6Figure : 6 – Paroi peinte à Faical (dep.de Cajamarca)

Les gisements de cette époque sont présents dans l’ensemble des Andes d’altitude ainsi que sur le versant oriental. Une concentration importante correspond au bassin du río Marañon et de ses affluents, où il existe plusieurs dizaines de sites dont les parois sont couvertes de milliers de signes et représentations animales et humaines (Fig. 6). Cet art, probablement daté des X-XVIe siècles de notre ère, pourrait être lié au trafic de caravanes. La période incaïque (XV-XVIe siècles) est caractérisée par une schématisation encore plus importante des figures animales et humaines, associées à des motifs géométriques complexes (damiers, tuniques) que l’on retrouve du nord au sud du pays.

Dans la région côtière, où les peintures rupestres sont rares, on a pu reconnaître l’existence d’une tradition polychrome représentant des êtres surnaturels, des animaux monstrueux et des figures géométriques, comparables aux représentations des styles Chavín et Cupisnique. Ce style de peintures qui date très probablement de la fin de la période Formative (V-IIe siècles av.n.e.) semble avoir une aire de distribution réduite. Les sites les plus caractéristiques sont ceux de Poro Poro dans la vallée du río Chancay (Fig.5) et de la Quebrada Higuerón dans la vallée du río Chicama. Sur la côte centrale, dans les vallées des rios Huara, Chancay et Chillón, sont présentes quelques grottes ornées de peintures, principalement des figures géométriques, datant des phases tardives de la période précolombienne. Elles pourraient refléter la venue de populations d’origine andine.

Les figures gravées découvertes récemment sur le site de la vallée de Salcedo dans le département de Puno représentent des scènes de chasse comparables à celles de Toquepala et Macusani et pourraient donc dater de l’Holocène moyen. Quelques autres sites des départements méridionaux témoignent de l’usage de la gravure, souvent associée aux peintures, depuis une période relativement ancienne. Ce mode d’expression est cependant très minoritaire et ne semble pas témoigner de traditions différentes de celles des pictographes.figure 7Carte de distribution des différentes traditions de pétroglyphes et principaux sites

La majorité des sites contenant des pierres gravées actuellement enregistrés sont distribués sur le versant occidental des Andes et situés à moins de 1500 m d’altitude. Rares dans les hautes Andes, ils sont de nouveau relativement fréquents dans certaines des vallées orientales.

La tradition A «Formative»

La tradition côtière débute durant la période Formative (1500-300 av.n.e), sur la côte nord, (vallées des rios Chancay, Jequeteque, Chicama, Moche), dans l’aire culturelle Cupisnique.figure 8Figure : 8 – Être surnaturel de style formatif A gravé à Palamenco (dep.D’Ancash)

Les figures gravées représentent essentiellement des animaux et êtres mythiques dotés d’attributs monstrueux (dents, crocs, griffes) (Fig.8), comparables à ceux figurés à la même époque sur les parois des temples, les récipients céramiques et les pièces textiles. Ces figures, d’assez grandes dimensions, sont fréquemment isolées sur le bloc rocheux qui les supporte. Ils existent également quelques représentations de signes conventionnels (œil à pupille excentrée, croix).figure 9Figure : 9 – Serpent à tête féline gravé à Alto de la Guitarra

Ces pétroglyphes qui témoignent d’un art relativement stéréotypé sont souvent situés à proximité d’autres structures cérémonielles et appartiennent probablement à des dispositifs rituels complexes. Le site le plus caractéristique de cette tradition ancienne correspond au gisement de Alto de la Guittara, dans la vallée du río Moche, où a été gravé un ensemble de figures représentant des félins, des oiseaux rapaces et des êtres surnaturels de style Cupisnique/Chavin (Fig. 9). Des structures à usage probablement cultuel sont présentes à proximité des pierres gravées. D’autres figures de styles différents ont ensuite été gravées dans des secteurs environnants, sans doute jusqu’à la fin de la période précolombienne.

La présence de quelques rares figures de ce style au nord et au sud du foyer initial semble dater l’expansion de cette tradition de la fin de la période Formative. Elle connaîtra un développement conséquent durant la période suivante (200 av.n.e-600 de n.e.), à laquelle sont attribuables plusieurs dizaines de gisements dispersés entre le centre de l’Equateur et la côte centrale péruvienne.

La tradition B méridionale

On peut reconnaître à cette époque deux grands ensembles présentant des points communs et certaines singularités. La tradition B méridionale est présente sur la côte nord et centrale du Pérou depuis la vallée du río Chancay jusqu’à Nazca. figure 10Figure : 10 – Scène gravée de style B, Checta (dep. de Lima)

figure 11Figure : 11 – Pierre à cupules, Checta

On y reconnaît (Fig.10, 12) des représentations schématiques d’être humains et surnaturels, des figurations de nombreux animaux de la faune locale (renard, serpent, lézard, insectes, poissons, oiseaux, batraciens) et de très nombreux signes géométriques .figure 12Figure : 12 – Pétroglyphes de style B, Cerro Mulato (dep. de Lambayeque)

Elle est caractérisée par la représentation de figures complexes, souvent indéchiffrables et la présence répétée d’un grand nombre de cupules. Les figures gravées sont de taille réduite.
Parmi les éléments remarquables, on peut noter la présence sur de nombreux sites de pierres couvertes de cupules, probablement utilisées lors de pratiques rituelles ou sacrificielles (Fig.11).

Les sites de cette tradition sont d’importance variable. Une dizaine de gisements, contenant plusieurs centaines de pierres gravées, peuvent être définis comme des « temples de plein-air », le plus grand nombre se limite à quelques dizaines de pétroglyphes. Des sites de ce type sont présents dans chacune des vallées côtières, mais leur distribution ne parait pas aléatoire. Un des schémas récurrent est celui d’un site principal entouré de localités de moindre importance. Les vestiges céramiques et restes culinaires sont généralement rares sur ces sites. On y note fréquemment la présence de petites enceintes de pierre, ainsi que la proximité d’anciens chemins de communication ou de la confluence de rivières. Une donnée probablement significative est la localisation d’une partie de ces sites dans des zones productrices de coca, à l’époque préhispanique. Quelques sites du versant oriental péruvien présentent des caractéristiques proches.figure 13Figure : 13 – Vue du site de Checta depuis la basse vallée

L’étude détaillée des contextes archéologiques et de la distribution des pierres et figures gravées sur un des sites importants de cette époque (Checta) (Guffroy, 1980-81, 1987) a permis de comprendre les modalités de fonctionnement et finalités de tels établissements. Situé dans la moyenne vallée du río Chillón, à environ 1200 m s.n.m, le gisement occupe une surface plane d’une superficie d’environ 8000 m2, sur laquelle sont disséminés plusieurs centaines de blocs rocheux de tailles diverses dont 430 portent des gravures (Fig. 13). Il existe deux autres sites de moindre importance (quelques dizaines de pierres gravées) un kilomètre en aval et deux kilomètres en amont du site principal, ainsi que quelques pierres isolées dispersées.

figure 14
Figure : 14 – Checta : emplacements des divers témoins d’occupation précolombiens

Bien que très peu de vestiges archéologiques aient été mis au jour sur le site de pétroglyphes, cette portion de la vallée a connue une occupation importante depuis la période précéramique finale (2000 av.n.e) jusqu’à l’arrivée des espagnols et plus d’une vingtaine de gisements de fonctions diverses (structures d’habitat, édifices cérémoniels, fosses funéraires, terrasses de culture) y ont été enregistrés (Fig.14, 15).figure 15Figure : 15 – Site d’habitat sur éperon dominant les pétroglyphes (Période Intermédiaire ancienne (0-600 de n.e.)

Durant les phases précolombiennes tardives et à l’époque Inca, les terres irriguées de la basse vallée étaient couvertes de plantations de coca, et de ce fait objets de conflits répétés. Cette proximité des pétroglyphes et de zones de culture de cette plante, de haute valeur économique et symbolique, a pu être mise en évidence dans d’autres régions de la côte péruvienne ainsi que sur le versant oriental et jusqu’à l’extrême nord de l’Équateur. Les sites de pétroglyphes pourraient avoir joué un rôle dans les cérémonies liées à la fertilité à la cueillette et distribution des feuilles de coca (Guffroy 1987, 1999).figure 16Figure : 16 – Entrée et partie basse du site de Checta

La distribution des pierres gravées n’est pas homogène sur l’ensemble du site et parait témoigner des modalités d’exploitation ainsi que d’une certaine volonté d’organisation. Alors qu’en moyenne I/3 des blocs gravables ont été exploités, ce pourcentage est de 45 % dans la zone basse, par laquelle se fait l’accès (Fig.16), tandis que les rochers situés dans les secteurs plus élevés ont été gravés de manière moins intensive (26 %), ce qui reflète sans doute une exploitation progressive du site.figure 17Figure : 17 – Vue rapprochée d’une pierre couverte de cupules et rainures de polissage

Quelques roches couvertes de cupules (Fig.11, 17) occupent par ailleurs des positions singulières aux deux extrémités du gisement et dans la partie médiane latérale, comme pour délimiter le secteur réservé à cet usage. Une ultime roche couverte de cupules est présente, isolée, sur un site de terrasses agricoles situé plus au fond de la quebrada.

Bien que l’ensemble des figures appartienne à un même style, une certaine durée d’occupation est suggérée par l’existence de différences notables existant entre les différents secteurs dans les thèmes traités et la distribution des roches gravées. Dans la partie basse, prédominent les pétroglyphes non figuratifs, simples ou complexes, ainsi que les figures solaires, tandis que les motifs anthropomorphes et zoomorphes sont relativement rares. Parmi ces derniers sont représentés des quadrupèdes (cervidés et/ou camélidés), des insectes et serpents.figure 18Figure : 18 – Pétroglyphe complexe –Checta

Ces figures animales sont souvent de petites dimensions et peu visibles alors que les compositions complexes (Fig.18) occupent de plus grands espaces. Vient ensuite un espace peu exploité, où les figures gravées se limitent à quelques traits simples, croix ou cercles, séparant la partie basse du secteur central. Celui est occupé par deux concentrations importantes intégrant de nombreuses représentations anthropomorphes et zoomorphes, alors que les figures solaires et serpentiformes deviennent plus rares.figure 19Figure : 19 – Tête féline –Checta

Un des thèmes répétés est l’association de représentations de têtes félines (Fig.19) et d’oiseaux (rapaces ?) stylisés. En remontant le site, on rencontre une nouvelle zone peu exploitée avant d’arriver dans la partie haute, où les figures gravées sont plus rares, mais les figures anthropomorphes et zoomorphes plus nombreuses. Les grandes figures complexes sont absentes de ce secteur.

Cette distribution des roches gravées suggère l’existence de pratiques rituelles associant probablement l’acte de graver à d’autres activités : danses, chants, divinations, sacrifices… Il est important de noter que la grande majorité des 4500 glyphes exécutés sur ces roches correspondent à de simples traits et à des cupules. L’acte de graver une figure si simple soit elle pourrait avoir représenté une activité tout aussi significative, et en tout cas beaucoup plus fréquente, que la représentation d’un grand félin sur une pierre bien visible.

B – La tradition B septentrionale

La tradition B septentrionale, probablement contemporaine de la précédente, est présente dans l’extrême nord du Pérou (départements de Lmabayeque, Cajamarca et Piura), ainsi dans les provinces du sud et de l’est équatorien (Loja, Azuay, Morona Santiago). Les roches gravées ne forment jamais de concentrations importantes et sont généralement dispersées sur d’assez vastes territoires. Quelques ensembles (Samanga, Misagualli) distribués sur plusieurs kilomètres semblent matérialiser de véritables parcours. Elles sont également assez fréquemment situées à proximité ou dans le lit des rivières. Les cupules sont fréquentes, comme dans la tradition méridionale, mais sont le plus souvent disposées en lignes, parfois suivant les arêtes des roches. Les pétroglyphes les plus communs dans cette tradition sont les représentations stylisées d’êtres et de têtes humaines, les figures serpentiformes et les spirales.figure 20Figure : 20 – Pierre portant des pétroglyphes et dépressions profondes

On note aussi la présence, dans plusieurs secteurs, de roches présentant des dépressions circulaires profondes (Fig.20) ainsi que de petites stèles et pierres dressées (Fig. 21).figure 21Figure : 21 – Pierre dressée gravée (province de Loja-Equateur)

Les figures complexes et les représentations d’oiseaux, de mammifères et d’insectes sont rares. L’organisation des sites et la nature des figures gravées semblent témoigner des pratiques sociales et rituelles sensiblement différentes de celles de la tradition B méridionale.

Une autre grande tradition apparaît plus tardivement (700-1500 de n.e.) dans le sud du Pérou (départements de Moquegua, Arequipa, Tacna).

Les figures représentées sont moins diverses et plus stéréotypées. On y reconnaît principalement des figurations d’être humains se livrant à différentes activités (danse, musique, élevage), des félins, oiseaux, serpents et camélidés, des lignes en zigzag et quelques cupules. Les associations sont relativement répétitives.figure 22Figure : 22 – Pétroglyphes de style C, Toro Muerto (dep.d’Arequipa)

Le plus important site de cette tradition : Toro Muerto (dep.d’Arequipa) comporte plus de 5000 blocs gravés et plusieurs dizaines de milliers de glyphes (Fig.22, 23). figure 23Figure : 23 – Pétroglyphes de Toro muerto

La relation avec les chemins de communication et le trajet de caravanes semble importante, mais on note également la présence très fréquente d’inhumations à proximité des pierres gravées. L’usage et le fonctionnement des sites associés semblent répondre à des finalités quelque peu distinctes de celles des traditions antérieures.

A – Géoglyphes

L’historique des géoglyphes (faits par alignements de pierre ou balayage) est comparable à celui des pétroglyphes, avec un développement relativement ancien dans l’aire Cupisnique, une diffusion postérieure sur la côte centrale, où existent des ensembles importants (Nazca, Palpa),figure 24Géoglyphe de la Pampa de Nazca: représentation d’un colibri

et une présence plus tardive sur la côte sud, où ils apparaissent parfois sur les mêmes gisements que les pétroglyphes. Ces deux types de manifestations participèrent conjointement à l’appropriation culturelle et à la transformation du paysage.

B – Art mobilierfigure 25Tessons céramiques peints provenant du département d’ Arequipa.

L’art mobilier, gravé ou peint, sur des plaquettes de pierres ou des tessons céramiques, s’est essentiellement développé dans la région sud, et tout particulièrement dans le département d’Arequipa. Ces objets ont fréquemment été déposés en assez grande quantité dans des contextes d’offrande ou de rituels funéraires.figure 26Tessons céramiques peints provenant du département d’ Arequipa.

Les figures humaines, animales et signes représentés sont comparables à celles des gravures et peintures de la fin de l’époque précolombienne.


8 réflexions sur “L’art rupestre de l’ancien Pérou

  1. Décès de Jean Guffroy
    Écrit par Gaëtan Juillard
    Vendredi, 08 Novembre 2013


    Nous venons d’apprendre, avec grande tristesse, le décès à l’âge de 64 ans de Jean Guffroy, directeur de recherche à l’IRD, retraité depuis 2010.

    Formé en Europe à la préhistoire avec A. Laming Emperaire et A. Leroi-Gourhan, Jean Guffroy avait soutenu en 1979, à l’École pratique des hautes études, une thèse portant sur les pétroglyphes péruviens et leur symbolique. Il fut pensionnaire de l’Institut français d’études andines, affecté au sud de l’Équateur, avant d’être recruté en 1985 à l’Orstom.

    Il a été affecté au Pérou, en Équateur et au Mexique, menant des campagnes de fouilles sur ces trois terrains où, avec ses collègues, il a mis au jour des sites monumentaux importants.

    Ses travaux ont porté sur les pétroglyphes des Andes, dont il était un des meilleurs connaisseurs, et sur les sociétés formatives entre Pérou et Équateur.

    En 2001, il réunit la plupart des archéologues de l’IRD dans l’unité Adaptations humaines aux environnements tropicaux durant l’Holocène (Adentrho), qu’il a dirigé jusqu’en 2004 et qui deviendra l’une des constituantes de l’UMR Patrimoines locaux (Paloc).

    Jean Guffroy a publié plusieurs ouvrages de synthèse sur l’art rupestre des Andes, ainsi que plusieurs monographies incontournables.

    Très apprécié de ses collègues pour son énergie, son rejet du formalisme et sa bienveillance, notamment envers les jeunes chercheurs, il s’était retiré en Sologne. Il laissera, ainsi qu’il le décrit lui-même, l’image d’un « esprit libertaire prônant l’amour du gai savoir ».

    Bernard Dreyfus
    Directeur général délégué à la Science

  2. Mon Dieu, que ne m’apprenez-vous!
    Si vous pouviez savoir à quel point je suis désolé, pour vous, pour nous, pour lui. Cette série d’articles m’avait vraiment tant intéressé que je n’avais pu me retenir de la mettre sur mon blog en complément du Canyon de Cotahuasi parce que beaux pétroglyphes peuvent être vus en chemin. Et que c’est toujours mieux d’en savoir un peu pour mieux appréhender ce que l’on examine.
    Je vous remercie beaucoup des 2 liens que vous ajoutez, je suis sûr que cela va intéresser d’autres lecteurs.
    En vous renouvelant mes condoléances et encore merci.
    Jacques

  3. Alice, je viens de prendre connaissance de ces 2 livres magnifiques, je les ai encore seulement parcourus rapidement. Ce WE je vais m’y plonger plus longuement🙂

  4. Merci je tenais à les faire connaître à ceux qui appréciaient son travail … Pour que le travail effectué par mon père persiste et soit partagé … Car le savoir et l’art ne se gardent pas pour soi. Merci à vous.

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